Le n-butyllithium est l’une des bases neutres les plus fortes et un réactif organolithien hautement réactif largement utilisé en synthèse organique. Il joue un rôle essentiel dans les réactions de déprotonation, de métallation et de formation de liaisons carbone–carbone, ce qui le rend indispensable pour la construction de molécules biochimiques complexes et d’intermédiaires avancés.
Propriétés chimiques
Le n-butyllithium (n-BuLi, C₄H₉Li, masse molaire 64,06 g/mol) est un liquide pyrophorique, incolore à jaune, généralement manipulé sous forme de solutions de 1,5 à 2,5 M dans des solvants apolaires tels que l’hexane ou le cyclohexane. Sa densité est d’environ 0,68 g/mL à 20 °C et son point d’ébullition est proche de 80 °C sous pression réduite (0,01 mmHg).
Dans les milieux hydrocarburés, il existe principalement sous forme d’agrégats hexamériques [(n-BuLi)₆] présentant une structure octaédrique déformée (distance Li–C ≈ 2,16 Å). Dans des solvants coordinants tels que le tétrahydrofurane (THF) ou l’éther diéthylique (Et₂O), ces agrégats se dissocient en espèces plus petites ou en paires d’ions séparées par le solvant, ce qui augmente significativement sa réactivité.
Le n-butyllithium réagit violemment avec l’eau, l’oxygène et les solvants protique. Par exemple, son hydrolyse produit du butane et de l’hydroxyde de lithium (C₄H₉Li + H₂O → C₄H₁₀ + LiOH), tandis que son exposition à l’air conduit à la formation d’oxyde de lithium (Li₂O) et de carbonate de lithium (Li₂CO₃), généralement accompagnée d’un dégagement de chaleur et de gaz.
Applications biochimiques
En chimie des glucides, le n-butyllithium est utilisé pour des réactions de lithiation régiosélective. Par exemple, le traitement de glucals peracétylés avec 2 à 3 équivalents de n-BuLi 1,6 M dans le THF à −78 °C permet une lithiation sélective en position C2, facilitant ensuite des réactions de glycosylation avec des aldéhydes avec des rendements élevés (jusqu’à 90 %) et une forte diastéréosélectivité.
En chimie des nucléotides, il permet des réactions rapides d’échange halogène–métal, comme la conversion de 5-iodouridines en intermédiaires 5-lithiés à des températures aussi basses que −90 °C. Ces intermédiaires sont des précurseurs clés pour des réactions de couplage croisé, notamment le couplage de Negishi, conduisant à la synthèse de C-nucléosides modifiés.
En synthèse peptidique et de molécules complexes, le n-butyllithium est utilisé dans la formation d’amides de Weinreb à partir d’esters, permettant des réactions d’acylation contrôlées via des effets de chélation. En outre, en synthèse des polykétides, il est employé pour générer des intermédiaires organolithiens tels que le propionylium lithium, favorisant des processus d’élongation de chaîne itératifs mimant des voies biosynthétiques naturelles comme celles des polykétide synthases modulaires.

