L’acide carbonique constitue l’acide faible central de l’homéostasie du pH biologique, formant la base du système tampon bicarbonate qui maintient le pH physiologique (7,35–7,45) dans le plasma sanguin et régule le transport du CO₂. Il existe principalement sous forme d’équilibre avec le CO₂ hydraté, jouant un rôle clé dans l’équilibre acido-basique respiratoire.
Propriétés chimiques
L’acide carbonique (H₂CO₃, masse molaire 62,03 g/mol) se forme instantanément par hydratation du CO₂ selon la réaction réversible :
CO₂ + H₂O ⇌ H₂CO₃
Cette réaction est relativement lente en absence de catalyse (k ≈ 0,037 s⁻¹), mais fortement accélérée par l’anhydrase carbonique (jusqu’à ~10⁶ s⁻¹). L’acide carbonique présente un caractère diprotique selon les équilibres suivants :
H₂CO₃ ⇌ H⁺ + HCO₃⁻ (pKa₁ = 6,35)
HCO₃⁻ ⇌ H⁺ + CO₃²⁻ (pKa₂ = 10,33)
Ces équilibres définissent sa capacité tampon. Un mélange équimolaire H₂CO₃/HCO₃⁻ conduit à un pH d’environ 4,5, mais les conditions physiologiques maintiennent un pH proche de 7,4 grâce à un rapport d’environ 20:1 (≈ 24 mM HCO₃⁻ pour ≈ 1,2 mM de CO₂ dissous). L’acide carbonique pur est très instable et se décompose en quelques millisecondes en CO₂ et H₂O ; il n’est stable que dans des conditions de basse température ou dans des modèles théoriques.
Applications biochimiques
En physiologie sanguine, le système H₂CO₃/HCO₃⁻/CO₂ est essentiel pour le transport du CO₂, environ 70 % de celui-ci étant transporté sous forme de bicarbonate après conversion catalysée par l’anhydrase carbonique dans les globules rouges. Cet équilibre joue également un rôle majeur dans le maintien du pH et la compensation des acidoses respiratoires.
En enzymologie, les tampons carbonates (10–50 mM, pH 9,0–10,6) sont largement utilisés pour l’étude d’enzymes telles que les histidine kinases et les carboxylases dépendantes du CO₂. En biologie moléculaire, le CO₂ issu de la sublimation de la glace carbonique permet une acidification rapide pour la précipitation des protéines sans recours à l’acide trichloroacétique (TCA).
En culture cellulaire, le pH physiologique est maintenu par des systèmes tampon dépendants du CO₂, généralement avec 5–10 % de CO₂ et environ 25 mM de bicarbonate, constituant une alternative efficace aux systèmes tampon à base de HEPES.

