Les sphingophospholipides constituent une sous-classe distincte de phospholipides complexes, principalement représentée par les sphingomyélines (SM). Ils se caractérisent par un squelette de céramide — composé de sphingosine ou d’une base sphingoïde apparentée N-acylée avec un acide gras via une liaison amide — et estérifié en position C1 par un groupement polaire phosphocholine ou phosphoéthanolamine.
Organisation membranaire et rôle biologique
Contrairement aux glycérophospholipides dérivés du glycérol tels que l’acide phosphatidique ou le phosphatidylglycérol, les sphingophospholipides contiennent un motif sphingoïde rigide capable d’établir de nombreuses liaisons hydrogène. Cette rigidité structurale favorise un empaquetage lipidique serré et se traduit par des températures de transition relativement élevées (Tm ~37°C). Ils constituent environ 10–20 % du feuillet externe des membranes plasmatiques et sont particulièrement abondants dans les gaines de myéline, où ils contribuent à la formation de radeaux lipidiques en association avec le cholestérol.
Structure moléculaire
Le noyau céramide se compose typiquement de sphingosine (d18:1, 4-sphingénine), une chaîne de 18 carbones portant une double liaison trans Δ4, des groupements hydroxyles en positions 1 et 3, ainsi qu’un acide gras lié par une liaison amide (généralement C16:0 à C24:0). L’ajout d’un groupement phosphocholine (-PO4CH2CH2N+(CH3)3) donne la sphingomyéline, tandis que la céramide phosphoéthanolamine (CPE) est une variante plus rare, principalement observée chez les insectes.
Les sphingomyélines présentent une géométrie moléculaire cylindrique avec une surface de groupement polaire d’environ ~70 Ų. Les variations de longueur et de saturation des chaînes acyles peuvent induire un désalignement des chaînes, favorisant la formation de microdomaines. Parmi les dérivés supplémentaires figure la lyso-sphingomyéline (lysoSM), dépourvue de chaîne N-acyle.
Propriétés biophysiques
Les sphingophospholipides présentent une forte stabilité en phase gel, avec des températures de transition (Tm 30–40°C) supérieures à celles de nombreux glycérophospholipides tels que la lécithine. Leur faible hydratation et leurs fortes liaisons hydrogène intermoléculaires — médiées par le groupement amide et le squelette sphingoïde trans-insaturé — favorisent la séparation de phase en domaines ordonnés de type liquide-ordonné (Lo), caractéristique majeure de leur affinité pour les radeaux lipidiques.
Le mouvement transbicaténaire (flip-flop) est rare dans des conditions physiologiques et nécessite généralement des enzymes spécialisées telles que les scramblases.


