Le linalol est un alcool monoterpénoïde acyclique majeur largement présent dans les huiles essentielles végétales. Il joue un rôle central dans l’attraction des pollinisateurs, la signalisation du stress chez les plantes et les mécanismes de défense antimicrobienne à large spectre. Ces activités biologiques sont principalement médiées par la perméabilisation des membranes et la modulation des systèmes de neurotransmission, conférant au linalol un intérêt notable en physiologie végétale et en recherche biomédicale appliquée.
Propriétés chimiques
Le linalol (3,7-diméthylocta-1,6-dièn-3-ol ; C₁₀H₁₈O ; masse molaire 154,25 g/mol) est un liquide chiral incolore, avec un point d’ébullition de 198–199°C, une densité de 0,870 g/cm³ et un indice de réfraction de 1,463. Il existe sous deux énantiomères, (R)- et (S)-linalol, présentant des propriétés olfactives distinctes allant de notes lavandées à des notes d’agrumes. Sur le plan structural, sa configuration d’alcool allylique tertiaire permet diverses transformations biochimiques, incluant l’oxydation médiée par les cytochromes P450 en citral, la cyclisation en α-terpinéol et des réactions d’estérification. Avec une valeur de logP de 2,97, le linalol présente une hydrophobicité modérée et une solubilité limitée dans l’eau (1,59 g/L). Il est stable en conditions neutres et alcalines, tandis que des réarrangements catalysés par des acides peuvent conduire à la formation de dérivés du terpinéol et du terpinène.
Voie biosynthétique
La biosynthèse du linalol s’effectue via la voie plastidiale du méthylérythritol phosphate (MEP), dans laquelle le diphosphate de géranyle (GPP) est converti en diphosphate de linalyle (LPP), un intermédiaire clé de la synthèse des monoterpènes. Cet intermédiaire est ensuite transformé en linalol par la linalol synthase (LIS ; EC 4.2.3.25), une enzyme dépendante du Mg²⁺. Les taux d’émission peuvent atteindre 5–20 μg·g⁻¹·h⁻¹ (poids sec) chez des espèces telles que la lavande et la coriandre durant la floraison. L’énantiomère (R) prédomine chez les espèces du genre Lavandula et est associé à certains analogues métaboliques comme le koromastyrène chez Rhodococcus. Par ailleurs, des plateformes de biosynthèse microbienne, notamment des souches d’Escherichia coli génétiquement modifiées co-exprimant les enzymes GPPS et LIS, ont permis d’atteindre des rendements de production d’environ 1 à 2 g/L, soulignant l’intérêt du composé en biotechnologie.

